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- Planète Pagode - Quatrième numéro


Planète Pagode

 
 

4e numéro de Planète Pagode : janvier à mars 2002
Le journal du réseau des acteurs de la culture scientifique, technique et industrielle dans le Rhône.

Dossier : Voir dans le cerveau
Réalisé par Anne-Laure FERLAT, Rédactrice en chef de Planète Pagode

Cerveau, organe situé dans le crâne, responsable de la conscience, de la pensée, de la mémoire et du contrôle de toutes les fonctions du corps.

Ce dossier vous propose de le découvrir à travers :

• Un peu d'anatomie • Naissance d'une biologie du langage
• Les fonctions cérébrales • Le singulier cerveau des dyslexiques
• La latéralisation • Une empreinte dans le cortex des violonistes
• Les lésions cérébrales • L'extension des aires visuelles chez les sourds
• Les troubles du langage • La recherche des causes de l'autisme
• Les troubles de la vue • L'imagerie au service du traitement de l'épilepsie
• Les troubles du comportement • Vers une géographie de la schyzophrénie
• Les troubles de la perception • L'imagerie en psychiatrie : faits et fantasmes
• Les troubles moteurs • Interview de Jean-Pierre CHANGEUX
L'énigme de Parkinson • Interview de Mélissa BARKAT-DEFRADAS, chercheuse à l'ISH
• La maladie d'Alzheimer • Interview de Tatiana NAZIR, chercheuse à l'ISC
• Dévoiler la dynamique de la lecture Pour en savoir plus
• Les dédales de la mémoire La mémoire, texte de Jacqueline Bateman


Un peu d'anatomie

Le cerveau humain est un organe relativement petit puisqu'il ne pèse que 1,4 kg environ, ce qui représente à peine plus de 2 % du poids total corporel total. Il repose dans la boîte crânienne qui le protège. Si le cerveau ne représente qu'une partie infime de notre corps, c'est lui qui interprète toutes les informations sur le monde extérieur et c'est vers lui que convergent toutes celles concernant notre organisme pour être traitées.

Le cerveau contrôle l'aspect moteur de nos actions et tous nos mouvements : notre façon de marcher, de courir, de nous brosser les dents, de faire du sport, de jouer d'un instrument de musique, etc. Il régit aussi des fonctions automatiques ou végétatives, telles que les battements du cœur, la respiration et la pression artérielle.
Toutes les informations provenant des organes sensoriels (les yeux, les oreilles, le nez ou les récepteurs tactiles de la peau) sont transmises au cerveau qui les analyse et les interprète afin de réagir en conséquence.
Le cerveau régule l'activité du système endocrinien, à l'origine de nombreux processus physiologiques, comme la reproduction, le métabolisme et la croissance.
Des fonctions plus complexes, telles que l'attention, la conscience, le sommeil, la mémoire, l'imagination, la pensée et la créativité dépendent aussi du cerveau. Mais leurs mécanismes ne sont que très partiellement élucidés. Nous réagissons à la fois de manière automatique et consciente à notre environnement en fonction des circonstances et de notre expérience.

Pour remplir toutes ces fonctions, le cerveau doit disposer de capacités exceptionnelles de traitement de l'information. Cette aptitude est fournie par un immense réseau de cellules interconnectées. Le cerveau compte environ 100 milliards de neurones (cellules nerveuses). Il existe de nombreux types de neurones que l'on distingue par leur forme et la nature de leurs connexions (cytoarchitecture) et par leurs propriétés biochimiques.

Le cerveau, divisé en deux parties symétriques appelées hémisphères, comporte trois régions principales : l'encéphale antérieur, le mésencéphale et l'encéphale postérieur. Il comprend en outre des cavités, appelées ventricules, au nombre de quatre.

Les fonctions cérébrales

Les hémisphères du cerveau se ressemblent, mais ne sont pas identiques. Chacun d'eux contrôle la moitié du corps qui se trouve du côté opposé, ainsi l'hémisphère droit reçoit les informations provenant du côté gauche du corps, et, inversement, l'hémisphère gauche contrôle le côté droit du corps. Le cerveau se divise en territoires dont les fonctions sont diverses. Chacune de ces régions reçoit des données provenant des organes sensoriels ou venant de régions cérébrales différentes.

Dans le cortex, on distingue des zones primaires, secondaires et associatives de gestion des informations.

- L'aire sensorielle primaire procède à l'analyse des informations émanant directement, ou presque, des divers récepteurs sensoriels de l'organisme. A chaque sens correspond une zone primaire différente dont l'organisation est souvent topographique (les sensations correspondant à des parties voisines du corps sont regroupées dans une zone donnée de l'aire primaire, formant ainsi une cartographie de l'organisme). Dans le cas de l'ouïe (la perception des sons par l'audition), on retrouve une configuration tonatopique et les informations sont organisées par tonalités ou fréquence sonore.

- Dans les aires sensorielles secondaires, l'information subit une analyse plus complexe. Le cortex associatif combine les informations provenant de diverses zones cérébrales.

Chacun des lobes du cortex cérébral traite des informations spécifiques et accomplit des fonctions différentes. On ne connaît pas encore précisément les fonctions de chacune des régions et il ne s'agit pour l'instant que d'approximations générales.

Région du cerveau Fonction associée
Les lobes frontaux la planification et le contrôle des mouvements. Les lobes frontaux comprennent le cortex moteur primaire intervenant dans le contrôle des mouvements volontaires. Les cellules de ce cortex sont organisées de manière topographique, des neurones voisins contrôlant des muscles voisins.
Les lobes occipitaux traitement des informations visuelles primaires. Les lobes occipitaux transmettent les informations visuelles primaires aux lobes pariétaux et temporaux.
Les lobes pariétaux analyse des données somatosensitives (des sensations provenant de la peau, des muscles et des articulations)
Les lobes temporaux réception des informations auditives venant de l'oreille interne
indispensable à la reconnaissance et à la classification des objets, et à la mémorisation à long terme
joue aussi un rôle dans certains aspects du langage
Le système limbique contrôle la motivation, les émotions et l'apprentissage

Les noyaux gris centraux

la maîtrise du mouvement
Le thalamus transmet les informations sensorielles (émises par les récepteurs) jusqu'au cortex
Les cellules du corps genouillé latéral dorsal réception des informations visuelles et relai vers le cortex visuel primaire
L'hypothalamus contrôle une grande partie du système endocrinien et régule de nombreuses fonctions fondamentales telles que la faim et la soif
Le toit du mésencéphale (fait partie des systèmes visuels et auditifs) Il est tout particulièrement impliqué dans la genèse des réflexes et des réactions motrices à divers stimuli.
La formation réticulée intervient dans les fonctions du sommeil, d'éveil et d'attention, dans les mouvements musculaires et divers réflexes vitaux tels que les battements de cœur.
La substance grise périaqueducale responsable de la médiation de la douleur
Le locus niger contrôle en partie la motricité musculaire
Le cervelet reçoit des informations provenant de tous les systèmes sensoriels et supervise tous les mouvements musculaires dirigés par le cerveau. Il intègre ces informations, les compare avec les mouvements en cours et les mouvements intentionnels. Il modifie ensuite les signaux transmis à l'organisme par le cerveau, pour coordonner et enchaîner les mouvements.
La protubérance annulaire semble être importante pour le sommeil et l'éveil
Le bulbe rachidien contrôle des fonctions vitales telles que la régulation du système cardio-vasculaire, la respiration et la tonicité musculaire.

La latéralisation

Environ 90 % de la population utilisent préférentiellement la main droite pour accomplir des tâches manuelles. Ce phénomène est lié au fonctionnement du cerveau et en particulier à la fonction du langage. En effet, chez 95 % des droitiers, l'hémisphère gauche est l'hémisphère du langage. Seuls 70 % des gauchers présentent cette dominance ; 15 % présentent une dominance de l'hémisphère droit et les 15 % restant voient leur fonction linguistique dirigée indifféremment par les deux hémisphères. Il existe d'autres fonctions latéralisées, telles que la reconnaissance des visages et la perception de l'espace. Ces fonctions peuvent disparaître en cas de lésion cérébrale unilatérale. C'est d'ailleurs souvent en observant les sujets victimes de lésions cérébrales que l'on a compris le fonctionnement du cerveau.

Les lésions cérébrales

Après l'âge de vingt et un an, nous perdons chaque jour des milliers de neurones. C'est un phénomène naturel et spontané. Il existe en outre un certain nombre de maladies, telles que la maladie de Parkinson, la maladie d'Alzheimer, les tumeurs du cerveau, qui augmentent cette dégénérescence cellulaire.
Les neurones peuvent aussi être endommagés par une blessure à la tête ou par un problème d'irrigation des tissus cérébraux (attaque ou accident vasculaire cérébral). Enfin, il peut arriver que les chirurgiens soient obligés de retirer une partie des tissus en procédant à l'ablation d'une tumeur cérébrale.

Lorsque des cellules d'une région spécifique sont lésées, les troubles observés correspondent aux fonctions organiques normalement assurées par cette région. Lorsque la pathologie est plus diffuse et que des cellules meurent quelle que soit leur localisation, on constate l'apparition de troubles démentiels (perte des fonctions cérébrales globales), de pertes de la mémoire, de troubles de la personnalité et du raisonnement.
Ces symptômes peuvent entraîner des symptômes psychologiques tels qu'un isolement social, des modifications brusques de l'humeur, de l'anxiété, des oublis et une négligence de soi.
Les sujets victimes de ces troubles sont généralement conscients, du moins au début, car, à mesure que les neurones sont détruits, cette conscience elle-même décline.
Dans les cas où un nombre limité de neurones disparaissent dans une région particulière du cerveau, les manifestations sont moins graves. La nature des dysfonctionnements dépend alors de la position exacte des lésions.

Toutefois, le cerveau étant un organe très complexe et aux interconnexions multiples, il n'est pas aisé de désigner une région spécifique comme responsable d'une fonction donnée. Il est possible malgré tout, en fonction de la localisation des lésions, de prévoir grossièrement la nature des problèmes que rencontrera le sujet.

Ainsi, dans la maladie de Parkinson, seules les cellules produisant un neurotransmetteur appelé dopamine sont touchées. Leur disparition entraîne des tremblements incontrôlés au repos, une motricité ralentie et des difficultés à entreprendre ou arrêter un mouvement. Les cellules de cette région contrôlant indirectement tous les muscles du corps, les symptômes s'étendent graduellement aux doigts, aux mains, aux bras et au tronc. Au cours du traitement de la maladie, des substances chimiques peuvent être substituées à la dopamine et atténuer temporairement les symptômes. Mais elles ne remplacent pas les cellules perdues, et ne peuvent donc pas guérir la maladie de Parkinson. D'autres molécules sont capables d'agir sur les cellules cérébrales et de soulager les manifestations de certaines affections psychiatriques, telles que l'angoisse ou la dépression. Des substances agonistes de la sérotonine, par exemple, sont utilisées comme antidépresseurs.

Les troubles du langage

Ils sont le plus souvent dus à des lésions des lobes frontaux ou temporaux gauches.
Les troubles du langage, appelés aphasie, sont associés aux fonctions suivantes : expression, compréhension du langage, lecture et écriture.
Les problèmes sont liés à une atteinte des régions du cerveau contrôlant les mouvements de la bouche ou des mains et celles responsables d'autres aspects du langage, tels que la compréhension.
Certains patients sont très gênés quand il s'agit de s'exprimer, mais comprennent parfaitement ce qu'ils entendent. Ils parlent lentement, de façon étrange, et éprouvent parfois certaines difficultés à trouver le mot juste. Ces troubles portent le nom d'aphasie de Broca.
Les sujets souffrant de l'aphasie de Wernicke parlent facilement et rapidement avec une intonation normale (accentuation de certains mots de la phrase), mais leur discours est le plus souvent incompréhensible. Ils ont du mal à répéter une phrase et ajoutent fréquemment des mots sans aucun rapport entre eux. En outre, leur compréhension du langage est très diminuée.
Les sujets incapables de s'exprimer et de comprendre un discours souffrent d'une aphasie globale. Ces dysfonctionnements sont dus à des lésions dans diverses régions du cerveau intervenant dans l'un ou l'autre des aspects du langage.

Les troubles de la vue

Des lésions sur le nerf optique se traduisent par un déficit des facultés visuelles. L'organisation du lobe occipital est topographique, si bien que chaque lésion conduit à une cécité dans la zone du champ visuel associé. Si le cortex occipital droit est très sévèrement lésé, le sujet ne verra plus rien dans son champ visuel gauche. Certains patients, même s'ils ne peuvent pas " voir " consciemment un objet situé dans la partie lésée du champ de vision, sont capables, si on leur demande, de pointer une lumière très précisément sur cet objet. Ils le repèrent alors qu'il est impossible qu'ils le voient ! Cette aptitude s'explique par le fait que même si la quasi-totalité des informations de la rétine est dirigée vers le lobe occipital, une partie infime est orientée vers d'autres territoires, tels les colliculi du mésencéphale. Ces régions seraient donc responsables de l'analyse de la localisation des objets.

Les troubles du comportement

Si les lobes frontaux sont lésés, de graves troubles de la personnalité et du comportement peuvent survenir. Ces personnes ont du mal à prendre des décisions : ainsi, à moins d'être aidées par une tierce personne, elles peuvent passer une soirée entière à lire le menu dans un restaurant sans pouvoir se décider à commander. Elles peuvent aussi être sujettes à de brusques sautes d'humeur. D'autres, en revanche, sont constamment passives et s'expriment d'une voix monocorde.

Les troubles de la perception

Des lésions du cortex temporal peuvent entraîner des troubles de la perception visuelle. On parle dans ce cas d'agnosie visuelle. Les malades ont du mal à comprendre ou à identifier ce qu'ils voient même si leur vision est bonne. Ils sont incapables de reconnaître visuellement des objets usuels, une cuillère ou une boîte d'allumettes. En revanche, s'ils peuvent les toucher, ils les identifient sans problème. Les troubles d'identification se limitent parfois à une catégorie d'objets. Certains ne peuvent plus nommer un animal ou un être vivant, même s'ils sont encore capables d'identifier des instruments ménagers, par exemple.

Certaines personnes, en particulier celles qui souffrent de lésions du lobe temporal droit, se trouvent dans l'impossibilité d'identifier les visages. Elles peuvent toutefois se rendre compte si l'expression de ce visage est triste ou gaie. Les lésions de certaines régions du cortex pariétal peuvent entraîner des troubles de la perception de l'espace, comme dans le cas de l'hémiasomatognosie. Cette affection conduit à ignorer la moitié du monde qui vous entoure. Elle est due le plus souvent à une lésion du cortex pariétal droit, si bien que c'est la partie gauche de l'environnement qui est négligée. Les sujets atteints par ces troubles ont tendance à entrer en collision avec des obstacles se trouvant sur leur gauche, à négliger la partie gauche de leur corps, à ne dessiner que la moitié droite d'une image et à ne manger que les aliments placés à droite dans leur assiette. Ces personnes éprouvent en outre une certaine difficulté à lire car elles ignorent la moitié gauche des lignes et des mots.

Les troubles moteurs

Des lésions du cortex moteur entraînent une paralysie croisée d'une moitié du corps. Des lésions sur certaines parties du cortex pariétal, à proximité des lobes occipitaux et temporaux, peuvent entraîner une impossibilité ou une difficulté à se mouvoir. Tous ces troubles sont appelés apraxie. Les sujets qui en souffrent ne savent plus se servir de certains objets. Ils sont capables de faire des mouvements, mais brusquement et sans coordination. Ces personnes sont incapables de réaliser certaines tâches simples comme s'habiller ou mettre la table.